22.06.2007

BILLETS

 

Dimanche 9 décembre 2007  

APRES MENDEL,

C’EST NOËL

 

Je dis ça pour la rime facile, pour rouler dans le courant et la tempête de ce 9 décembre… mais comme toujours l’envie de résister et de m’accrocher dans la pente abstraite sur laquelle dévale notre temps mesuré; il suffit d’un mât qui nous attire vers le haut, d’une racine un peu solide pour reprendre pied et garder une chance de rester en humanité : lire et écrire font déjà deux chances.

M’intéressant de plus près à la vie et à l’œuvre de Camus (ami de Germaine Tillion, c’est sans doute la raison), j’ai lu ce matin quelques lignes évoquant la relation Jean Grenier-Albert Camus, et l’auteur cite cette réplique de Grenier : « Nous n’avons que le superflu, il ne nous manque que le nécessaire ».  Formule facile on dirait, mais - évidence étonnante - on peut dire aussi. Se mettre en situation d’humanité (tout simplement ne pas oublier que nous sommes des humains) c’est finalement affirmer sans cesse cette étonnante évidence énoncée par Jean Grenier. La parole de Mendel Schainfeld, que nous venons de porter pour la 739ème fois hier à Laval, est truffée de ces étonnantes évidences (« Un homme qui ne peut pas travailler ne peut pas être heureux » ; « C’est peut-être pas mal d’avoir un petit peu de problèmes, mais, les problèmes, il ne faut pas qu’ils soient trop grands. »…). Ces phrases sont des réveils, et les spectateurs rencontrés à l’issue des 14 séances ne diront certainement pas le contraire. Nous manquons de ce genre de réveils et nous ne jouons pas notre rôle d’humain si nous ne pouvons ni les agiter ni les entendre. L’application vaut dans tous les domaines, y compris dans celui de la Culture sur laquelle s’abat une tempête dont nous sommes tous responsables ; Tempête Force 1 : elle va finir par faire de gros dégâts. Je ne m’inquiète pas pour les riches responsables de cette tempête qui, en même temps qu’ils l’ont provoquée se sont construit leur abri ; je n’en veux même pas trop à la légion massive de la bureaucratie culturelle (il faut bien gagner son pain !) qui exécute et justifie, et je n’en veux pas davantage à l’élite culturelle qui s’affadit de plus en plus à mesure qu’elle s’isole. Je n’en veux même pas à notre Ministre de la Culture qui, en plus de ces décisions et remarques incendiaires vient d’ajouter son nom (comment s’appelle-t-elle donc déjà ?) sur la liste municipale d’un autre Grand Incendiaire parisien : J.T. (Jean Tibéri) !… Ce qui me tarabuste vraiment c’est de ne pas retrouver assez de mains pour tisser cette grande écharpe capable d’endiguer les tempêtes les plus fortes, les marées les plus noires. Ça voudrait dire que tous les réseaux de curiosité, d’échanges, de paroles se sont vidés, se sont déliés ? Ça voudrait dire que la jeunesse collée au présent et forgeant l’avenir est maintenant sans force ?  Ça voudrait dire que nous sommes réduits à douter de la fiabilité de tout partenaire potentiel ? Je n’y crois pas.

« Nous n’avons que le superflu, il ne nous manque que le nécessaire »

 

Je lis et relis « Caligula » de Camus.

 

La pièce la plus jouée de Camus. Une tragédie politique, sur la corruption du pouvoir absolu, mais aussi une tragédie privée, celle d'un homme que sa liberté entraîne vers le crime et la mort, et un drame métaphysique, celui de la condition humaine, telle que Camus la voyait à cette époque : absurde."   Yves MICHAUD  - © FRANCE CULTURE
Monter ce texte, oui.

Avec qui ? Pour qui ?

Dites-moi.

 

La suite, après Noël.

 

Et puis, allez, une bonne année à tous !

 

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UN « R » DE RENTREE

La fameuse cinquième lettre du fameux Merdre  qui débute « Ubu Roi » de notre Rimbaud local - et qui a déclenché un Renouveau de l’ARt en FRance - est aussi le « R » de Rentrée et… ainsi de suite comme dirait JaRRy lui-même.

Qui dit « R » entend « air » et c’est ce coup de narine dans l’azur proche qui définit l’humeur d’aujourd’hui.

Je ne sais pas pourquoi en ce dimanche 9 septembre 2007, mais il y a comme quelque chose de déterminé dans cet air qui me corne aux oreilles et me pousse à la fois. Rien de franchement révolutionnaire dans l’environnement culturel (toujours les fastes des plaquettes de saison, les déploiements de festivals…) mais il y a comme un frémissement chargé d’espoir et d’envies que je suis bien incapable de définir. Peut-être que, outre ceux qui ne cherchent qu’à sauver leur emploi, la difficulté dans laquelle se trouvent toutes les Compagnies à diffuser leurs créations, l’absence d’échanges d’idées entre créateurs et diffuseurs, le coût des spectacles, la disparité des subventions, les non-dit de l’administration culturelle et le désert qui entoure désormais le théâtre d’Art font que ce qui a fondé notre passion aux uns et aux autres se retrouve un peu à découvert et qu’il y a urgence maintenant à la protéger ? Si c’est ça, on peut rêver au retour à l’avant-scène de l’Art Vrai et oser dire son nom.

Pour ce qui concerne le Théâtre de L’Echappée (qui doit, lui, son nom à cette éclaircie entre deux nuages qu'on appelle échappée de soleil), après une longue période de doutes, de questionnement et de recherche artistique, il aborde des scènes nouvelles. Concrètement celle du Nouveau Théâtre de Laval nous fait grand plaisir : après une attente de 20 ans ce lieu réussi nous donne beaucoup d’envies : nous y ferons la 1ère création théâtrale le 31 octobre prochain avec  Monsieuye Jarry et 35 artistes sur scène. Au Pied de la Lettre commence à promener son concept adaptable, Le Musée Mondial du Cure-Dent (création de Claudine Orvain)  trouve un nouvel élan à Cracovie et cette relation à la Pologne ne sera pas sans lendemain, Mendel Schainfeld, le 2ème voyage à Munich retrouvera le public lavallois qui avait assisté aux premières représentations il y a 12 ans. Depuis : plus de 700 représentations en France et en Allemagne, et nous espérons bien attirer de nouveaux diffuseurs pour continuer cette fabuleuse aventure ; il retrouvera pourquoi pas aussi d’autres villes déjà visitées avec ce spectacle peu ordinaire.

« Gardez de vous abuser tous » et « Comme le fait la poule », nos deux prochaines créations ont déjà trouvé écho. Des actions autour de la vie et de l’œuvre de Germaine Tillion (Ah les 100 ans de Germaine chez elle à Saint-Mandé !) se profilent à Rennes et à Nantes… La création de cours de théâtre, d’ateliers chorégraphiques et d’ateliers chansons ainsi que la création d’une troupe amateur sur Laval sont aussi pour nous la marque d’un nouvel élan.        

Il faut le partager largement et ce site est une oreille tendue à votre parole, qui que vous soyez (ou presque). En donnant plus de vitalité à notre Art nous bataillons le mieux du monde, nous qui ne croyons qu’à l’applaudissement du silence… comme l’écrit AlfRed JaRRy.

François Béchu

Avec Claudine Orvain, Arnaud Coutancier, Cédric Radin, Natalie Gallard, Olivier Borne, Sylvie Kuhn.  

Rajout : Relance. Route. Rêve. Recueil. Rire. Rare. Rive. Radin (Cédric – qui aime le Rugby).

Réajustement : Que pense un banquier, un vendeur du mot Rentrée  ?

Remarque : je n’entends

 

 

LES HORIZONS DE L’INTIME

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Avril 2007

 

            Enoncer quelques phrases définissant le travail de la Compagnie est un exercice qui ne convainc pas forcément l’auteur des phrases lui-même. Les règles souvent cachées qui calibrent ce genre d’annonce ont l’avantage, si on les refuse, de nous obliger à dire plus et mieux, à dire plus loin, à porter plus haut la bannière de nos intentions…  Tâche ardue, souvent désespérée et le doute partout nous ronge car l’enjeu dépasse de loin la simple promotion de nos activités : elles sont d’abord pour nous des occasions d’échanges, de rencontres et de partage.

Mais la Culture et ses commissionnaires nous rassemble-t-elle, soufflant sur les braises de nos rêves de fraternité ? Comment les textes que nous jouons peuvent-ils donner à partager ce que nous-mêmes nous cherchons ? Sur quoi la belle union du public avec les acteurs va-t-elle déboucher ? Qui écoute en conscience dans l’intérêt qu’il y aurait à bien vivre ensemble ? Qu’est-ce qui ressort du foisonnement des propositions (festivals, etc…) ? Où le Rire ? Où le Beau ?  Serions-nous maintenant et avant tout des prestataires de services ? Le théâtre serait-il un îlot sur lequel chaque spectateur atterrirait avec son avion privé puis repartirait une fois la séance finie en jetant s’il est en forme deux ou trois bravos ? Comptant tous pour un, les charters de scolaires disciplinés y feraient aussi des haltes régulières ? Et nous qui ramerions sans barque, juste pour entretenir quelque vieille illusion ?

            Il y a beaucoup à dire sur ce qui se passe pour le théâtre aujourd’hui, sur les rôles joués, à jouer, sur les apparences qui trahissent… Tout le monde dans le milieu connaît les difficultés de la plupart des artistes et il ne nous reste plus qu’à espérer sans trop y croire que ce qu’il reste des petites Compagnies ne sera pas dépourvu de voix. Au fait : pourquoi les Compagnies de Théâtre et de Danse qui employaient des artistes à l’année sont-elles mortes ?

            Nous avions nommé il y a quelques saisons notre travail : théâtre de paroles. Le définir ici à nouveau serait un peu longuet (il suffit d’ailleurs de jeter un œil sur nos réalisations et nos projets pour en savoir plus) ; je préfère terminer ce billet en vous laissant rêvasser sur son titre qui m’est venu hier après un grand brassage : oui, nous travaillons pour développer, pour découvrir les horizons de l’intime – cette voix en nous qui nous dit de continuer – 

Et toujours au loin ces autres voix que nous portons et qui causent et sont entendues – et on leur répond ! 

                            

François Béchu.

 

 

 

 

6f1d84a495b1a782aa1b571ec3d5506f.jpgCOMMUNIQUE DE PRESSE

 

"MONSIEUYE JARRY"

Texte et Mise à la Trappe de François Béchu

Création le 31 octobre 2007 au Théâtre de Laval.

Théâtre de L’Echappée.

« Monsieuye Jarry » se présente comme une œuvre originale placée le plus loin possible de l’envahissant personnage d’Ubu. L’auteur a voulu traduire l’intensité artistique d’Alfred Jarry qui demeure une référence vitale pour qui s’intéresse à la création (on pourrait dire aussi : à l’inspiration, à l’ingéniosité). L’idée de départ est donc d’inviter Alfred Jarry en personne pour lui fêter un bon anniversaire de disparition (100 ans) avec 19heures et 42 minutes d’avance exactement.e901cdfb97b1d208bb00575cd4382b4c.jpg

Soucieux d’être fidèle à l’artiste à la fois dans sa diversité ainsi que par rapport au fait qu’il ait été dans les premiers grands écrivains à rejeter la fameuse tour d’ivoire pour se lâcher dans la société,  François Béchu a écrit « Monsieuye Jarry » pour une distribution assez fournie (plus de vingt personnages) qui réunit chanteurs, comédiens, musiciens, marionnettistes, échassiers… Il propose ainsi, d’une manière jusqu’alors inexplorée, un nouveau regard sur ce lavallois et avec d’autant plus de plaisir et d’émotion que cette création va voir le jour dans la ville natale de Jarry.

Une production du Théâtre de L’Echappée

 

 

 

 

 

 

 medium_6_mai_a.2.JPGA Moncé-en-Belin (72) et à Languidic (56),

 

la parole à hauteur d’homme. 

6 Mai 2007    12h30.

  La Culture comme progrès et non l’inverse est un slogan qui doit pouvoir fédérer les acteurs culturels ; peut-être même est-il déjà en vogue ? A vrai dire je n’en sais rien et je m’en moquerai tant que ce que nous appelons Culture n’a pas chassé les ors et les ombres de l’élite, rejeté les paillettes, mis fin aux financements aveugles et aux financements sectaires.

Comment accepter sans bouger notre malaise à évoluer dans un milieu culturel qui ne dit plus grand chose et où on a renoncé à tout (sauf à sauver son emploi) dans le silence ? Où sont passés les Directeurs de Théâtre à qui parler ? Où sont passés les compagnonnages vrais et les rassemblements de publics éveillés ? A qui parler d’auteurs ? A qui confier des paroles, des projets rassembleurs qui permettent en fin de compte de parler d’Art sans qu’il y ait de gêne ? 

  Sans se faire d’illusions sur un éventuel retournement des choses, il se trouve des résistances qui ridiculisent les activismes (vraix et faux) de la sphère culturelle nationale. A Moncé-en-Belin (localité que vous connaissez tous), le directeur du Centre Socio-Culturel, Claude Morihain (qui au départ n’est pas un « cultureux), a mis en œuvre une action dont je viens d’être le témoin et dans laquelle j’ai ressenti la qualité du partage par l’Art. A en croire le maître d’œuvre l’aventure fut longue et difficile mais, comme on dit, le résultat a tellement apporté de satisfactions… Parti d’un budget de 5000 euros accordé sans enthousiasme pour arriver à un budget multiplié par 30, on imagine les étapes, les discussions, la tête des élus, l’ampleur de l’action aussi car là on sait très bien où passe l’argent. L’idée a été d’unir plusieurs communes, associations, écoles, foyers… sur la création de « Monsieur de Pourceaugnac ». Encadrés par des professionnels des amateurs (théâtre, musique, danse) ont constitué une grande équipe solidaire pendant deux ans à laquelle se sont joints des techniciens, décorateurs, informaticiens… le tout représentant à peu près 150 personnes. L’affaire n’est pas sans rappeler les opérations « Livre Vivant » que le Ministère de la Jeunesse et Sport finançait… il y a un peu plus de vingt ans. On voit sur scène des gens heureux et soucieux de transmettre la qualité qui leur a été inculquée lors des nombreuses répétitions ; le public lui (surpris) reconnaît tout ça, se reconnaît aussi sans doute. Toutes les séances programmées dans les villages voisins sont complètes : un succès. Que restera-t-il de cette aventure ? Quelles énergies et quels relais porteront des actions culturelles empreintes de celle-ci ? Le lien se fera-t-il entre amateurs, spectateurs et professionnels qui viendront jouer dans cette grande banlieue du Mans ? Un bilan et des questions à poser sur la table des responsables culturels locaux qui ignorent souvent ces ressources où n’y croient pas faute d’exemple et sur celle des autres responsables culturels qui, de loin, ont pris l’habitude de mépriser les actions dites socio-culturelles. 

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Languidic est la plus grande commune du Morbihan et compte 7000 habitants. Un bâtiment neuf bien conçu abrite une médiathèque et une école de musique au milieu desquelles l’auditorium de 120 places donne immédiatement envie d’y être, aussi bien sur la scène que dans la salle. Jean-Michel Jacques qui réside tout près anime avec quelques fidèles l’association départementale de la Fondation pour la Mémoire. Il a déjà organisé à Hennebont fin 2006 (avec le Centre socio-culturel) une série de représentations de « Mendel Schainfeld, le deuxième voyage à Munich ». Lui et ses amis ne sont pas des organisateurs de spectacles mais ils en ont perçu l’intérêt dans le cadre des actions qu’ils mènent ; l’intérêt tout court aussi. Après Hennebont nous voilà donc grâce à lui à Languidic pour deux jours et six séances (720ème à 725ème) de notre « Mendel ». Trois séances scolaires (les élèves de 3ème du collège) et trois séances pour le tout public. Ces dernières n’étaient pas pleines la veille de notre arrivée mais au bout du compte il a fallu refuser du monde ! Il faut dire que notre présence n’était pas un parachutage : une exposition, des interventions d’anciens déportés et une conférence constituaient avec nous l’ensemble du projet. L’information est présente dans le village, la presse a bien relayé (venant même au spectacle) et nous pouvons dire que les spectateurs rencontrés (une belle fourchette d’âges et de milieux) avaient envie de venir : un vrai public ! Enfin quand j’écris « avaient envie de venir » j’exagère un peu : deux ou trois spectatrices ont été pêchées par Jean-Michel dans le hall de la médiathèque et deux familles sont venues en soirées parce que le fiston, venu avec sa classe, les y avait vivement incité. Quoi qu’il en soit le public a profité de la proposition et les échanges d’après spectacle ont été humainement très riches et très forts, y compris donc avec les « spectateurs surprises ».

  A la lueur de ces deux actions (lueur à nous toutefois familière : avec « Mendel » et avec nos actions autour de Germaine Tillion) nous nous sommes dits que la lampe était toujours allumée et qu’il existait en dehors des circuits traditionnels de diffusion (bouchés en ce moment), des circuits parallèles activés par des passionnés d’humanité, pas forcément « cultureux » ; l’effet est radical : ces circuits permettent d’attirer un public qui ne va pas ou plus au théâtre. Sans chichis et sans discours ces actions portent l’espoir d’une survie du théâtre d’Art et d’une culture  intelligente parce que partagée. Qu’on se le dise !

François Béchu.

LA SEMAINE DE L’ECHAPPEE du 29 janvier au 4 février. medium_carnet.2.JPG

    Lundi. Renazé n’est pas une destination des lavallois (au-delà de Craon la Mayenne se reconnaît moins…). Pourtant c’est bien « là-bas » que nous sommes allés présenter une version bis de « Mendel ». Rendez-vous à 12h30 à la cantine du Collège Alfred Jarry (le seul du département à porter le nom du lavallois, père d’Ubu (nous apprendrons de la bouche de la doyenne des enseignants qu’il y a eu un Principal un tantinet joueur qui avait orienté et décidé tout le monde de baptiser ainsi l’établissement.

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